Il arriva même que le commissaire de police, la trouvant trop bonne, la défendit.

B... avait loué un très-bel appartement meublé, rue de Richelieu, 110, pour être près de l'Opéra.

Quand il chantait avec ses amis, surtout le Belisario, on s'amassait dans la rue et au coin du boulevard. La foule grossissait tellement que les voitures ne pouvaient plus circuler. On le pria de fermer les fenêtres et de chanter moins fort.

Il me montrait souvent des lettres qu'on lui écrivait contre moi. Quant un ténor a le malheur d'être amoureux en dehors de l'Opéra, les rattes exaspérées grignotent leur rivale jusqu'au sang.

L'une d'elles, qui s'était prise d'une grande passion pour ce chanteur, lui écrivait:

«Comment pouvez-vous être assez aveugle pour ne pas voir qui vous aimez, et pour vous attacher à une femme qui n'a pas même l'estime du cheval qui la porte?»

Je le priai sèchement de garder ses poulets et de ne jamais m'en faire part.

J'avais envie de lui dire une belle phrase, que j'avais lue le matin dans un journal:

«Leurs injures n'arrivent pas à la hauteur de mon mépris!»

Mais je réfléchis, qu'étant étranger, il n'en comprendrait pas toute la valeur.