Quinze jours auparavant, on me fit essayer un cheval de steeple-chase; pour l'entraîner on fit monter deux jockeys à mes côtés; ils étaient ivres-morts; ils partirent si grand train que mon cheval s'emporta et me fit faire huit ou dix tours, je sautai vingt claies de trois pieds et demi, j'avais les mains en sang.
On mit les jockeys à l'amende; mais leur ivresse avait failli me coûter la vie, car mon cheval avait fait des fautes à chaque saut.
Cela les avait amusés, ils allèrent en rire chez les marchands de vin.
Je ne m'exposais pas ainsi de gaieté de cœur; si j'avais pu faire autrement, j'aurais quitté l'Hippodrome sans regret.
Je partis à une heure, mais j'étais triste.
Arrivée dans ma loge, je me mis à rire avec mes camarades.
La première partie finit; j'avais fait deux exercices, je rentrai plus rassurée. Je dis à Angèle et à Louise:
—Ne me serrez pas trop, je broie du noir depuis ce matin.
—La moitié s'est bien passée, le reste se passera bien, dit Angèle; mais on a des jours comme cela.
Nous fîmes un tour au pas pour gagner le but. Arrivées bien en ligne, on nous cria: