—Partez!

Mon cœur se serra; mais, emportée comme le vent, je perdis cette crainte.

La course promettait d'être belle, les chars se dépassaient tour-à-tour; j'avais dépassé Louise, j'allais dépasser Angèle; c'était le dernier tour.

Dans le tournant, près des écuries, je vis de côté Louise qui me serrait; j'allais frapper mes chevaux pour les exciter, quand je sentis une violente secousse.

Louise venait d'accrocher dans sa roue un des bouts de la queue de mon char, espèce de crampon qui sert à empêcher le caisson du char de traîner à terre; si elle eût arrêté court, ce crampon aurait pu sortir de suite de ses jantes; mais elle fouetta pour passer, et m'entraînant, me fit pirouetter; mon timon s'appliqua avec violence sur mon cheval de droite, il se cabra contre un poteau, poussa un hennissement qui fendit l'air, et retombant en arrière, il entraîna dans sa chute l'autre cheval qui, voulant se relever, tira de côté et fit sombrer mon char.

Je tenais encore les rênes pour empêcher les chevaux de se sauver et de me traîner; mais un cheval en se débattant me frappa l'épaule, je lâchai, engourdie par la douleur; j'entendais un bruit confus:

—Elle est morte!

Les chevaux firent un effort, me traînèrent pendant quelques pas, la face contre terre; quelque chose me passa à deux reprises sur la jambe, je poussai un grand cri; je venais de sentir mes os se broyer.

On arrêta les chevaux qui se débattaient; l'un avait la jambe cassée, il fallut l'abattre pour étouffer ses plaintes.

Cette scène avait dû être atroce pour les spectateurs. Des femmes pleuraient, d'autres étaient évanouies; le public avait escaladé les barrières et questionnait les médecins qui m'entouraient.