Je m'avançai à mon tour sur lui.—Ah! vous m'avez fait venir pour m'injurier; et de quel droit, s'il vous plaît? Du droit qu'a un lâche de faire une mauvaise action, du droit qu'on prend d'accuser les autres de ses torts pour s'excuser à ses propres yeux. Vous ai-je rien demandé? Ai-je cherché à vous détourner d'une bonne résolution? Vous ai-je entraîné à toutes ces folles dépenses? Me suis-je plainte de vos caprices? Vous devriez avoir honte du reproche que vous venez de me faire. Car je ne vous l'ai pas caché, je suis fille inscrite; il eût été beau à vous de m'aider à sortir de cette position avant de me conduire chez vous; si je ne vous avais pas confié cet affreux secret sur moi-même, vous me feriez aujourd'hui verser des larmes de sang; mais je vous regarde en face et je n'ai aucun reproche à me faire; vous m'avez prise, quittée, puis reprise et quittée; vous ne vouliez plus de moi, un autre m'a aimée. C'est un grand crime, n'est-ce pas? Comment! vous me jetez à la porte et un autre se permet de me ramasser! Si on pouvait noyer les femmes avec lesquelles on a vécu, cela serait plus commode, n'est-il pas vrai, monsieur le comte? Que voulez-vous? la justice est mal faite.

J'eus un rire nerveux qui me fit atrocement mal; je sortis en courant, j'étouffais. Dans la voiture je fondis en larmes. Je courus chez Richard lui raconter tout ce qui venait de se passer.

Il me plaignit et me reprocha doucement d'y être allée.

Je rentrai chez moi dévorée par la fièvre; c'en était trop. Robert me fit demander, il regrettait sans doute le mal qu'il m'avait fait, car il me connaissait. Il avait dû comprendre tout le désespoir que j'avais au cœur. Je refusai de le voir; il arriva derrière son domestique. Il ferma la porte du salon et vint s'asseoir près de moi; je me levai, j'allai ouvrir mon armoire; je pris dedans tous les bijoux qu'il m'avait donnés et je lui dis:—Une seule chose peut vous amener ici, monsieur, c'est le désir de ravoir ce que vous m'avez donné: je vous le rends, mais comme je ne veux pas qu'en sortant vous portiez ces bijoux à une autre, je les brise. Et levant l'écrin au-dessus de ma tête, je le lançai de toutes mes forces dans la chambre.

La boîte s'ouvrit, les diamants, les émeraudes et les perles roulèrent de tous côtés.

—Vous êtes folle! me dit-il en poussant la boîte du pied.

—Eh bien, oui, je suis folle de rage, je vous hais; je me vengerai de vous sur le monde entier, si je le peux. Allons, je n'ai plus rien à vous, sortez; mais sortez donc; vous voyez bien que je ne veux pas pleurer.

Je venais heureusement de gagner un fauteuil. Je me sentis défaillir, j'avais des colères affreuses, dangereuses même, car je perdais la raison. Quand la réaction arrivait, je fondais en larmes: puis j'étais malade plusieurs jours.

Robert sonna, me fit donner un verre d'eau et me dit:

—Ma présence ne devrait pas vous irriter, Céleste; j'ai eu tort et je venais vous demander pardon. Que voulez-vous? hier en arrivant j'accourais pour vous voir; car je n'avais fait ce voyage que pour me rapprocher de vous, j'ai rencontré M. Richard. Il venait ici, cela me fit perdre la tête; quand je vous ai reçue, j'étais encore sous cette influence.