—Comment, me dit-il, en venant au-devant de moi, une femme si élégante que vous sort en fiacre; votre amant n'est pas généreux; je vous avais pourtant bien lancée.

Je le regardais étonnée.

—Si c'est pour me dire cela que vous m'avez écrit, c'était inutile. Si peu qu'on me donne, je ne vous demande rien.

Je me dirigeai du côté de la porte. Il me rappela et me dit:

—Bon, vous avez le caractère mal fait à présent. Pardonnez-moi et faisons la paix. Je vous aime assez pour ne pas perdre de vue ce qui vous intéresse, je sais que vous êtes rentrée au théâtre; c'est un piédestal: vous devez avoir du succès comme femme; les hommes sont assez bêtes pour se monter la tête en regardant toutes ces baladines; enfin, si cela vous convient, tout est pour le mieux; je comprends maintenant pourquoi vous étiez si pressée de me quitter. Faites-vous de brillantes affaires? Oh! ne vous fâchez pas, vous pouvez me dire cela en ami; je veux vous aider; une fille comme vous ne peut sortir à pied, la police pourrait l'arrêter; je vais vous faire cadeau d'une voiture.

Il marcha sur moi. Ses yeux étaient ardents, ses lèvres blanches, il me faisait peur; je reculai de quelques pas, je le croyais fou.

Il reprit.

—Vous voyez bien que j'avais quelque chose à vous dire; j'ai à vous dire que vous ne m'inspirez plus que du dégoût. Quel moyen aviez-vous donc employé pour me fasciner? C'était de la magie, n'est-ce pas? Un honnête homme ne peut aimer une créature comme vous; j'étais fou quand je vous ai menée dans le château de mes pères. Pour vous, je me suis perdu dans la considération du monde. Que m'avez-vous donné en échange? un corps flétri, une âme vile, vous avez été ingrate, ignoble; vous n'avez pas respecté un seul jour le souvenir d'un homme qui avait tant fait pour vous.—Voilà ce que je voulais vous dire, vous pouvez aller le répéter à M. Richard qui vous attend sans doute en bas.

Il démasqua la porte pour me laisser passer.

Le sang m'était monté à la tête et m'avait aveuglée. Je faillis tomber à la renverse. Revenue à moi, je sentis mon cœur et mes artères battre violemment. La colère m'enveloppa, je devins une furie.