—Mais non, je ne peux pas!... et je me sauvais, pas pour longtemps. Quand j'avais fait quelques tours, je revenais à lui... il se mettait à rire et disait:—Vous voyez bien que c'est vous qui me cherchez!...—Je répondais oui, et je ne bougeais pas de place. Je trouvais cela stupide; je me promettais, le lendemain, aussitôt ma pièce répétée, de quitter le théâtre, car tout le monde riait de moi!... Bien sûr, on devait me croire amoureuse de Didier; pourtant je n'y songeais pas.
Quand on jouait les deux pièces, la mienne passait en premier; il n'arrivait donc qu'après moi au théâtre. Je disais aux personnes qui étaient dans ma loge:—Tiens! voilà Didier qui arrive!
—Non, me répondait-on, sa loge est fermée!
—Je vous dis qu'il arrive, je l'entends bien... Et en effet, il était au foyer ou sur la scène.
Un soir, au théâtre, je reçus un mot; il était de Richard.
«Il faut, me disait-il, que je vous voie demain... Venez chez moi, ou je vais chez vous!»
Son retour m'était on ne peut plus désagréable, mais je ne pouvais m'exposer à le laisser venir chez moi. J'allai le trouver.
Il était changé... il paraissait fatigué... il me fit asseoir et me dit:
—Je suis revenu, quoique vous ne m'ayez pas rappelé, ce à quoi vous ne pensiez guère!... mais je ne puis vivre sans vous! Écoutez-moi bien, Céleste, vous allez voir jusqu'à quel point cet amour tient à ma vie! J'ai bien réfléchi, voilà ce que je vous offre: un avenir heureux, honnête, qui vous aidera à oublier un passé dont je ne vous parlerai jamais! Je vous donnerai quarante mille francs!... nous partirons de suite en Angleterre, où je vous épouserai facilement, car je suis Anglais et n'ai pas de parents!... Écoutez-moi jusqu'à la fin... vous n'avez pas le droit de me refuser, car vous avez fait le mal, vous devez le réparer, fût-ce même par un sacrifice. Ce n'est pas moi qui suis allé vous chercher, c'est vous qui êtes venue à moi!... Je ne vous regardais pas, vous m'avez fait tourner la tête de votre côté... c'est un jeu qui m'a coûté cher, qui me coûtera la vie si vous me refusez.
Je ne savais que répondre.—Ce qu'il me disait était vrai... je cachai ma figure dans mes mains pour pleurer...