J'ôtai mon châle et mon chapeau. Je me tins assise à la tête de son lit, sans oser respirer.
Il me parla de choses et d'autres, puis s'endormit.
Le médecin me dit en partant:
—Ne le quittez pas; il est sanguin, il pourrait avoir de nouvelles crises, je viendrai demain de bonne heure. S'il y avait du nouveau, envoyez-moi chercher.
Une fois seule avec le silence et mon malade, je pensai à ma situation, à Richard que j'allais désoler; mais je ne pouvais abandonner Robert dans un pareil moment. Je m'approchai d'une table où il y avait de quoi écrire et je commençai une lettre pour Richard:
«Mon ami, je suis indigne de votre amour! C'est la tête bien basse que je vous demande pardon du mal que je vais encore vous faire. Oubliez-moi, je suis une ingrate, indigne de vous. Louise, ma femme de chambre, vous remettra cet argent que je ne puis garder. Ne cherchez pas à me voir.—Partez, s'il le faut, mais oubliez.—Robert est dangereusement malade, je suis près de son lit et ne sortirai de sa chambre que lorsqu'il sera hors de danger. Ne croyez pas que je sois tombée dans un piége et que je cherche à excuser ma conduite par un mensonge; je ne suis pas prisonnière, les portes sont ouvertes. Je reste parce qu'il me semble que je remplis un devoir. Je vous ai connu trop tard, Richard, sans cela je vous aurais aimé comme vous méritez de l'être.—J'ai cru, en entrant ici, que Robert allait me tuer. Je regrette qu'il ne l'ait pas fait; ma vie est une des plaies du monde; je fais souffrir ceux qui m'aiment et je suis malheureuse au milieu d'eux. Ne me maudissez pas, mon ami. Plaignez-moi. Je suis une mauvaise étoile, je porte malheur!—J'ai au moins une consolation, c'est de ne jamais vous avoir menti.—Dans quelques années, je serai seule, abandonnée; je me souviendrai alors de ce que j'ai perdu en vous, je verserai des larmes bien amères; mais il sera trop tard, et vous serez vengé. Adieu! Un peu de courage vous sauvera d'une vie de regrets. Pardonnez-moi!
»CÉLESTE.»
Je fis venir ma femme de chambre, je lui remis cette lettre. Robert dormait toujours; la sueur lui tombait du front; il était agité. Il se réveilla tout à coup en m'appelant.
Je passai huit jours sans le quitter; j'avais défendu qu'on m'apportât aucune espèce de lettres; je ne voulais pas qu'une seule plainte arrivât jusqu'à moi. Je sentais trop combien j'en méritais.
La maladie de Robert n'avait pas changé son caractère. Il se mettait en fureur contre moi sans motif, quelquefois il sonnait son domestique pour ne pas me demander sa tisane que j'avais près de moi. Il me disait de m'en aller, que ma présence lui faisait horreur. Comme je pleurais sans répondre, il me demandait pardon de ses emportements, m'embrassait les mains et me disait:—Je t'aime plus que ma vie; si je ne te voyais plus, je deviendrais fou!