Sa nature robuste triompha du mal. Au bout de quelques jours, il était rétabli. Il me laissa aller chez moi, après m'avoir fait jurer de revenir de suite.

Je trouvai quatre lettres de Richard, la première contenait ceci:

«Pourquoi vous ai-je connu, Céleste? Je ne vous dirai ni injures, ni reproches, je laisse cela à cet homme que vous me préférez. Ce qu'il aime en vous, c'est moi. Quand j'aurai fui au bout du monde un tourment que je ne puis supporter, il vous quittera alors, sûr que je ne serai plus là toujours trop heureux de vous recevoir. Vous vous rappellerez mes paroles, vous penserez peut-être à moi. Souvenez-vous que je vous ai offert ma vie, mon nom, et que pas un amour ne peut se comparer au mien. Ce n'était pas assez de m'abandonner à mon désespoir, il faut encore que vous m'insultiez en m'offrant de reprendre de l'argent que j'ai été si heureux de vous offrir. Vous me le renverriez que je le donnerais aux malheureux.—Il y a un jour de votre passé que vous pouvez presque racheter avec cette somme; gardez-la, c'est tout ce que je vous demande en partant. Je vais chez une de mes sœurs; je n'ai plus la force de souffrir. J'ai passé quatre jours sous les fenêtres de la rue Royale, espérant toujours vous apercevoir derrière un rideau.—Ah qu'ils ont été longs ces jours! J'aimerais mieux mourir que de les recommencer.»

Les autres lettres étaient dans le même genre, toujours douces et pleines de regrets.

Ma mère vint me voir.

Quand elle était délaissée d'un côté, elle se souvenait de moi. Elle me conta toutes ses peines.—Après lui avoir fait promettre qu'elle ne verrait plus Vincent, je lui promis que je lui achèterais un bureau de tabac ou un hôtel garni, espérant que ce serait une grande distraction pour elle. Elle trouva ce qui lui plaisait, et trois jours après, je l'établissais rue et hôtel Cléry.

Trois mois se passèrent.

Robert était horriblement triste; il était bon, mais il avait au fond du cœur une peine qui le dévorait. Mon voyage à Londres lui revenait sans cesse à l'esprit. Un chiffon, une parole le lui rappelaient. Alors il tombait dans des rêveries si tristes, que son sourire me faisait mal. Richard était toujours dans sa famille; je tremblais de le voir revenir, car c'eût été bien pis encore. Mes seules querelles avec Robert avaient pour objet les cadeaux qu'il ne cessait de me faire. S'essayant en vain de modérer ses dépenses, il était horriblement gêné, mais les marchands qui lui vendaient, ces usuriers habiles, lui renouvelaient à chaque échéance ses valeurs et lui doublaient en deux ans ses mémoires.

Un jour, un de ses parents vint me voir; c'était un gros homme, très-spirituel. Quoiqu'il fît grand étalage de son intérêt pour Robert, il ne lui aurait pas donné vingt-cinq louis; mais il était prodigue... de conseils.

—Voyons, me dit-il, vous aimez Robert? Eh bien, vous ne le lui prouvez guère! Comment, vous le laissez se ruiner comme un niais! Conseillez-lui donc de se marier. Qu'est-ce que vous en ferez quand il n'aura plus un patard? Raisonnez-le un peu, il vous écoutera. Si ce malheur-là lui arrivait, je serais bien désolé, mais je ne lui donnerais pas un sou, j'ai des charges.