—Mon Dieu! lui dis-je, il n'en est pas là et ne vous demandera rien. Je lui ferai part de l'intérêt que vous lui portez et je tâcherai de lui faire comprendre vos bons avis.
J'ai toujours été bien folle, mais toutes les fois qu'on m'a fait entendre le langage de la raison, j'ai fait un grand effort pour l'écouter. Si cela n'a pas duré longtemps, c'est la faute de ma nature bien plus que celle de ma volonté.
Le soir je parlai à Robert de son avenir. Je lui disais:
—J'ai peur pour vous. Je suis plus raisonnable maintenant; si vous vouliez vous marier, je ne me fâcherais pas avec vous; je partirais de Paris, si ma présence vous gênait; vous m'écririez de bonnes lettres, auxquelles je répondrais avec mon cœur. Nous passerions de ce grand amour à l'amitié qui dure toujours.
—Oui, me dit-il, vous avez raison, conduisez-moi, dictez ma conduite; mais je veux vous voir, vous avoir près de moi dans l'avenir. Nous allons partir pour le Berry; nous achèterons une petite maison où vous mettrez tout ce qui est à vous et qui se trouve chez moi à la campagne.
Ce fut convenu, et nous partîmes quelques jours plus tard. Nous trouvâmes une délicieuse maisonnette, dont le parc donnait dans la forêt. Impossible de chasser sans que j'entendisse le son du cor et les aboiements des chiens.
Ma présence dans le pays était d'un mauvais effet pour les nouveaux projets de Robert; il se chargea de tout arranger dans mon ermitage et je revins à Paris.
En arrivant, je fus voir ma mère. Elle n'avait rien trouvé de plus joli que de louer l'appartement du premier à M. Vincent. La colère me prit et je leur donnai congé à tous les deux. Je revendis l'hôtel presque de suite.
J'écrivais à Robert, qui s'ennuyait horriblement au Berry, mais qui y restait pour bien prouver au monde qu'il ne me voyait plus.
Je commençais à être heureuse dans ma solitude, parce que j'étais tranquille; mais il n'était pas dans ma destinée de me reposer des émotions: quand un ennui disparaissait, un autre revenait. Un jour, à quatre heures, on m'annonça M. Richard. Je restai clouée à mon fauteuil. J'aurais voulu ne pas le recevoir, pour éviter une explication qui m'était pénible. Il me donna la main et ne me fit pas un reproche.