—Ma chère Céleste, j'arrive. Croyez bien que je me suis informé; on m'a assuré que M. Robert était dans ses terres, et je me suis présenté chez vous, espérant que vous auriez toujours un peu d'amitié pour moi. Mais comme le cœur des femmes est un abîme dont on ne connaît jamais le fond, si j'ai trop espéré, je me retire.
J'en étais quitte pour la peur. Je m'attendais à une scène, et ce qu'il me disait n'était pas embarrassant du tout.
—Vous êtes et vous serez toujours le bienvenu. Je craignais vos reproches, et comme je sais que je les mérite, je ne voulais pas les entendre.
—Je ne vous en ferai plus; il n'y a pas de scène possible entre nous. Non, Céleste, je ne vous fatiguerai pas de plaintes qui vous irriteraient contre moi. J'attendrai; je vous aimerai autant dans dix ans qu'aujourd'hui.
J'avais été bien gâtée, bien adulée, mais je ne pus m'empêcher de rire; je ne croyais pas aux amours qui durent dix ans.
—Je ne vous demande rien que la permission de venir vous voir quelquefois.
—Mais certainement, tant que vous voudrez.
C'était bien imprudent, cela: en voici la preuve. J'écrivais toujours à Robert; je n'avais pas cru nécessaire de l'informer du retour de Richard; je ne sais qui s'en chargea, ou bien il le devina.
Un jour, j'avais invité à dîner Maria. C'est un nouveau personnage, qui mérite que je vous fasse son portrait et que je vous raconte dans quelles circonstances je l'ai connu.
Maria est une grande femme, fort jolie de figure; mais elle a l'air dur et est extrêmement maigre. Je l'avais connue dans le temps où j'allais à Versailles.