—Eh bien! c'est que vous avez l'air de vous être meublée et habillée chez un fripier. Autant ces choses sont belles quand elles vous appartiennent, autant elles vous rendent ridicule quand on s'en pare sans en avoir le droit.—Vous êtes une bonne fille, je vous aime bien, c'est pour cela que je vous donne un conseil. Quand on prend une femme comme nous, on sait ce qu'elle est; on ne ment guère plus facilement aux autres qu'à soi-même.
Il paraît que mon avis était stupide, car elle vint dîner chez moi dans une voiture marquée de trois couronnes grandes comme la lune.
Il était cinq heures, son couvert était mis, lorsque Richard vint me faire une visite.
On sonna derrière lui, je crus que c'était mon invitée; je prie Richard d'ouvrir; c'était Robert!
Mes sens ne firent qu'un tour; je ne trouvai pas une parole.
—Bien! dit Robert en regardant les deux couverts sur la table, je sais ce que je voulais savoir; puis s'adressant à Richard, il lui dit:
—Vous avez voulu épouser cette fille; ne faites jamais une pareille folie. On les paye, elles ne méritent pas d'autre sacrifice. Je vous la laisse, elle est bien à vous désormais.
La leçon ne plaisait pas à Richard, car sa figure se crispa. De son côté, Robert semblait le provoquer de son œil ardent. Je me sentais mourir: un malheur allait arriver si je ne trouvais pas un moyen de l'éviter.
Je joignis les mains en regardant Richard. Il comprit sans doute, car il lui répondit de l'air le plus affable du monde:
—Je vous remercie de l'avis, monsieur; vous la connaissez, je crois, depuis quatre ans? Eh bien! dans quatre ans, je vous donnerai une réponse.