Naturellement, ce fut sur Richard, que je pris en haine; je lui reprochai tout ce que je souffrais. Il me demandait pardon du mal qu'il ne m'avait pas fait.
Je reçus dans la journée un mot de Robert; il avait acheté un magnifique appartement de quelqu'un qui partait. Tout était prêt; il en prit possession du matin au soir. Il m'écrivait: «Venez me voir, j'ai à vous parler de vos intérêts.»
Richard arriva comme je lisais ce mot, et sans savoir ce qu'il contenait, il me dit:
—Votre Robert en débite de toutes les couleurs sur votre compte. Il a dit hier à un de mes amis que vous iriez chez lui quand il le voudrait.
Je froissai la lettre avec colère.
Lorsque Richard fut sorti, je répondis:
«Qu'irais-je faire chez vous? chercher quelque insulte! Vous ne m'avez jamais aimée; on ne méprise pas ceux qu'on aime, et je sais tout ce que vous pensez et dites de moi. Adieu!
»CÉLESTE.»
Une heure après, il m'écrivait encore:
«Vous mentez quand vous dites que je ne vous ai jamais aimée; vous savez bien le contraire. Vous avez tenu des propos infâmes sur moi. J'ai essayé de me sauver du ridicule que vous me jetiez par du cynisme. J'ai voulu vous voir un instant chez moi, non dans l'espérance de vous demander une consolation, mais pour puiser du désespoir dans la haine que vous m'avez déclarée. Je touche du bout du doigt la fin de toute souffrance, et je veux finir entre la bouteille qui ne trompe pas et qui donne l'ivresse qu'elle promet, et un pistolet qui me donnera l'oubli. Un jour, en m'acquittant envers vous, les lettres que je vous ai reprises vous seront rendues; elles ont été l'essence de mon cœur et de ma vie. Je lis les vôtres avec bonheur; j'oublie ce que vous êtes; pour moi, je rêve et j'adore. Jouissez de la vie de plaisir; mais, prenez garde, on vieillit vite, et quand le cœur, qui ne vieillit pas, a besoin de tendresse et d'affection, il est épouvantable de ne rencontrer dans les souvenirs que les reproches, et souvent la haine et le mépris.