Louise cria:—Madame se trouve mal!...
—Encore, répondit Robert, et il vint l'aider à me soutenir.
La femme que j'avais vue au Cirque entra et parla à Robert; elle avait un accent prononcé. Je crois qu'elle venait plus par curiosité que par intérêt. Elle avait les cheveux courts, frisés à la Titus. Elle ressemblait beaucoup à une des premières compagnes de ma vie.
Il y a certaines gens devant qui on souffre plus d'être humiliée!... Je n'avais rien à lui dire... Je ne la connaissais pas... Je la priai seulement de se retirer pour que je me préparasse à partir... Elle le fit en riant, et je l'entendis embrasser Robert.
Je ne sais où je trouvai de la force..... dans ma haine, sans doute; mais je sortis de cette chambre qui ressemblait à une tombe. Il ne me serra pas la main.
Il faisait jour; Louise me portait plutôt que je ne marchais. Je m'arrêtai de l'autre côté de la rue... la croisée était ouverte, sans doute pour bien s'assurer que je m'éloignais. Après m'avoir vue partir, Robert la referma.
Nous ne rencontrâmes pas une voiture. Je me traînai jusque chez moi, le corps brisé, mais le souvenir vivant; ce souvenir, qui passait dans mon cœur comme un fer rouge, me brûlait, et ne se calmait un peu qu'avec une pensée de vengeance.—Pauvre Richard!... lui si bon, si dévoué, je l'avais méconnu!... C'était ma punition. Mais que de peine on lui ferait quand on lui raconterait cette scène, scène que je ne pourrais nier, car j'avais sur la poitrine une énorme cicatrice.
—Voyons, me dit Louise, il faut vous coucher, madame, je vais aller chercher un médecin.
—Non, lui dis-je, j'ai un devoir à remplir, il faut que je prévienne Richard; il vaut mieux qu'il apprenne cette nouvelle par moi... Oh! les forces me manquent!... Allez chez-lui... dites-lui de venir de suite!...
Elle sortit.—J'avais perdu beaucoup de sang... J'étais d'une pâleur mortelle!... Mon Dieu! disais-je, reprenez donc ma vie... je souffre trop!