Je suis seule au monde!...
Louise entra dans ma chambre, et me dit:—Madame, la nourrice est là avec votre filleule, je lui ai dit que vous reposiez, que je ne savais pas si vous pouviez la recevoir.
—Oui, lui dis-je, faites-la entrer; elle vient me rappeler que si je n'ai personne qui m'aime, elle, pauvre enfant! n'a que moi sur la terre.
On m'apporta ma petite fille; elle était délicate comme une fleur. Je cherchais la vie dans ses yeux, je n'y voyais que faiblesse et langueur. Mon cœur retrouva des larmes. Pourtant la femme qui la gardait m'assura qu'elle se portait bien, j'eus la force de sourire pour l'animer; le pauvre ange me tint compte de cet effort; car elle me rendit caresse pour caresse. Quand elle partit, je me sentis soulagée, sa présence m'avait fait du bien; c'était la relique de mon âme. J'aurais voulu tout oublier, pour ne penser qu'à elle, mais je ne pouvais pas, son souvenir adoucissait ma douleur, il ne la guérissait pas.
Louise rentra me demander si je voulais recevoir M. Richard.
—Vous a-t-il dit quelque chose, sait-il que vous êtes allée chez lui ce matin?...
—Je ne pense pas, madame, il ne m'en a pas parlé.
—Bien; faites entrer.
Je m'assis dans l'ombre, pour qu'il ne vît pas ma figure; il entra, vint pour me prendre la main, je lui fis signe de s'asseoir en face de moi.
—Eh bien! mon cher Richard, comment avez-vous passé la nuit? Votre souper à la Maison-d'Or s'est-il prolongé bien tard?