—Tant mieux! tant mieux!
Le nouveau venu pouvait avoir quarante ans; il était en habit noir et en cravate blanche; son teint était basané, ses cheveux bruns. Il avait un peu le type italien. Il parla à la maîtresse de la maison pour lui donner des ordres, lui faire des reproches. Il m'aperçut et me regarda assez longtemps, ce qui me gênait beaucoup.
Le domestique ouvrit une porte à deux battants, et je vis une grande salle bien éclairée, une table longue, garnie d'un tapis vert, une roulette au milieu, des siéges autour. Tout le monde entra. Je restai près du feu dans la première pièce.
—Vous n'allez pas jouer? me dit la maîtresse de la maison, qui était restée sans doute pour recevoir.
—Non, lui dis-je; je n'ai aucune habitude du jeu, et je crains de ne pas être de force à défendre mon argent. Et puis, je ne suis pas très-rassurée. Est-ce que vous n'avez pas peur, vous?
—Oh! si, me dit-elle; mais je ne puis pas le laisser voir; pourtant, je cours un grand danger.
—Vous gagnez donc beaucoup d'argent?
—Moi! me dit-elle en riant tristement, on me donne à manger à regret.
—Vous aimez donc bien cet homme qui vient d'entrer, car c'est pour lui que vous tenez cette maison?
—Moi! l'aimer! dit-elle en se penchant vers moi; je le déteste, je le méprise, mais j'en ai peur.