«Il faut que l'appât de l'or soit bien puissant, me dis-je à moi-même, pour que cette femme se résigne à être prise, condamnée peut-être à un an de prison.» Je la regardai et je cherchai sur elle le goût du luxe, qui la poussait à sa perte; sa mise était simple, sa robe de soie noire avait été refaite plusieurs fois, tout en elle avait l'air malheureux; je ne comprenais pas. Chaque fois que le timbre sonnait, elle faisait un bond sur sa chaise: ses yeux se fixaient avec inquiétude sur la porte. Quand la personne était entrée, elle achevait la parole ou le sourire arrêté par la peur.

—Pourquoi ne commençons-nous pas? dit un grand jeune homme.

—Le banquier n'est pas arrivé, répondit la maîtresse de la maison, qui regardait l'heure; il ne peut tarder, onze heures vont sonner.

T'es pressé de perdre ton argent, Brésival? dit une grosse fille à l'air commun, qu'on appelait la Pouron... Et elle se rapprocha familièrement du jeune homme.

Il avait l'air distingué; sa figure était jolie, mais fort pâle. Il la repoussa doucement; il paraissait attendre avec impatience.

Je fus près de Lagie, et lui demandai quel était ce monsieur, qu'on venait d'appeler Brésival.

—Ah! vous le trouvez bien, n'est-ce pas? me dit Lagie en me regardant. Il ne s'occupe guère de femmes, il aime trop le jeu pour cela; il est marié, il a des enfants qui sont gentils à croquer, il finira par jouer leur layette. Il passe toutes les nuits et perd toujours. Il se met dans des fureurs atroces après tout le monde; il a des attaques de nerfs. Vous le verrez, s'il perd demain matin.

Quelques instants après, un monsieur parut. Son arrivée fut accueillie par un: Oh!... général.

—Enfin! ce n'est pas malheureux! nous allions partir; vous êtes en retard.

—Oui, dit celui qui venait d'entrer avec une clef, je viens d'une soirée. Je vous annonce pour cette nuit de nouveaux pontes, et des bons.