Nous étions arrivées au cinquième. Elle sonna. Un timbre résonna trois fois. Un domestique vint ouvrir. Sa livrée était voyante. Cela pouvait éblouir quelques provinciaux, mais cela me fit rire; c'était la charge de ces domestiques bien tenus que j'avais vus chez Robert.
De l'antichambre on entrait dans un salon. Nous fûmes reçues par une femme d'une trentaine d'années, qui avait dû être fort jolie, et qui l'aurait été encore, si sa figure pâle, maigre, n'avait été entourée d'une forêt de cheveux noirs frisés en longues boucles, qui lui donnaient l'air sauvage; tantôt elle ressemblait au diable, tantôt à un revenant. Elle nous offrit des siéges près de la cheminée, et s'adressant à moi, elle me dit:
—Vous n'êtes pas encore venue ici, mademoiselle; il me semble que je n'ai jamais eu le plaisir de vous voir.
—Non, madame, c'est la première fois.
—Ah! êtes-vous heureuse à la rouge et noire?
—Je ne sais pas, madame; je gagne rarement aux cartes.
—J'espère que vous serez plus heureuse ici.
Elle se leva et fut causer avec d'autres personnes.
—Qui donc est cette femme qui me souhaite de gagner?
—C'est la maîtresse de la maison; elle en dit autant à tout le monde; vous comprenez qu'elle n'en pense pas un mot.—Quand je dis que c'est la maîtresse de la maison, je veux dire que le loyer est à son nom; l'homme qui tient la banque est une espèce de bête amphibie; on ne sait pas d'où il vient, de quel pays il est. Il parle plusieurs langues, il a beaucoup d'argent. Comme il ne veut pas être arrêté, il met la maison sous le nom de cette femme; si la police venait, c'est elle qu'on emmènerait.