—Non, non, je ne veux pas vous quitter.
Il s'attachait à mes mains qu'il couvrait de larmes.
—Je me tuerai si vous ne me pardonnez pas.
—Allons, je vous ai déjà prié de ne pas me dire de choses stupides, vous ne voulez pas me quitter, soit; vous me prêterez votre bras, vous m'accompagnerez partout; mais j'aurai le droit, moi, de vous quitter n'importe où, vous ne serez plus que mon ami. Ne me demandez pas une bonne parole, je suis incapable de la dire. Partez; en descendant, vous commanderez ma voiture, il faut que je sorte, j'ai besoin d'air. Je me sens mourir; vous reviendrez me chercher à neuf heures, je veux aller au Ranelagh.
Quand je fus seule, je m'habillai avec tout ce que j'avais de plus beau; je mis du rouge pour cacher ma pâleur. Je montai en calèche, si bien parée, que tout le monde s'arrêtait et disait en me voyant passer:—Que cette femme est heureuse!—Quand j'arrivai aux Champs-Élysées, beaucoup de gens parurent étonnés; enfin on finit par m'arrêter et me dire:—Tiens, vous n'êtes donc pas morte? on m'avait assuré que vous vous étiez tuée cette nuit; vous avez bien fait de faire semblant.—Je supportai vingt railleries de ce genre.
Toutes mes connaissances savaient ce qui s'était passé pendant la nuit, tout le monde voulait voir la femme pour qui Mogador s'était donné des coups de couteau. Robert faisait force plaisanteries pour se venger de M. Richard, et disait à qui voulait l'écouter:—C'est insupportable, les femmes m'arrachent.
J'allais partout où je pouvais le rencontrer; et je déployais un luxe effréné que Richard encourageait en me comblant des choses les plus belles.
Robert vint un matin me voir. Il prit un air dégagé, en me disant:
—Je viens savoir comment vous vous portez.
—Je pourrais vous répondre à mon tour: il était inutile de venir, vous me dérangez, j'attends M. Richard, et puis vous m'avez rencontré cinq fois, je vais bien; vous n'avez donc plus peur de moi, que vous revenez?