—Oh! Céleste, dit-il en se laissant tomber à genoux devant moi, vous me trompez, vous ne me pardonnez pas! Oui, je suis un fou, un insensé, mais je vous aime plus que ma vie. Je vous l'ai prouvé, Céleste, pardonnez un moment d'ivresse; hier, à ce souper, je n'avais pas ma raison, et puis vous m'aviez fait tant de peine!... Ah! cette femme... C'est elle qui m'a entraîné. Céleste, pardonnez-moi; quittez cet air glacial qui me fait mal, accable-moi de reproches, je les mérite; mais pardonne-moi.

—Je vous ai demandé son nom, je veux savoir si c'est une de mes chères amies, afin de lui faire mes compliments de l'intérêt qu'elle vous porte.

—Non, vous ne la connaissez pas; je ne la reverrai jamais. Je voudrais ne l'avoir jamais vue, elle ne sait pas tout le mal qu'elle me fait aujourd'hui.

—Vous pleurez!... un homme! c'est pousser trop loin le besoin de mentir. Vous avez vu Robert avec une femme; vous vous êtes dit: il la quitte, je puis la quitter aussi. Vous vous trompiez, quand vous disiez m'aimer, c'est lui que vous aimiez; je ne vous en veux pas, je ne vous aime pas, je ne vous ai jamais aimé, vous le savez bien. Voyons, ne pleurez pas comme cela, vous me portez sur les nerfs, je ne vous fais pas de reproches, vous étiez libre, je vous suis assez reconnaissante pour vous souhaiter d'être heureux avec une autre. Est-elle jolie?

—Ah! Céleste, Céleste, vous êtes sans pitié, vous n'avez pas de cœur.

—De la pitié, est-ce qu'ils en ont eu pour moi, cette nuit? Je n'ai pas de cœur? si, puisqu'il me fait mal. Et je lui contai tout ce qui s'était passé, pourquoi je l'avais envoyé chercher. Il était si bon, qu'il ne me fit pas un reproche; il ne cherchait qu'à s'excuser.

—Vous m'avez demandé le nom de cette femme? Elle se nomme Adèle Célier.

—Ah! lui dis-je, je l'ai vue deux fois, c'est une jolie personne, grande, blonde, n'est-ce pas? Vous avez bon goût.

—Céleste, vous êtes cruelle.

—Pourquoi? parce que je ne vous fais pas de scène; mais je ne regretterai qu'une chose de vous, votre amitié; c'est moi qui devrais vous demander pardon, nous serons amis. Je n'oublierai jamais ce que vous avez fait pour moi. Restez avec cette femme, ne venez plus chez moi. Si vous m'aimez encore, je vous ferais souffrir sans le vouloir; le monde est inhumain. On est heureux de faire aux autres le mal qu'on vous fait à vous-même. J'ai gros à dépenser, n'en soyez pas la victime.