Nous nous rappelâmes qu'elle nous avait dit être au Conservatoire.
—Venez, me dit Robert, je vais chez elle, l'argent m'est égal; mais il faut qu'elle me rende la bourse, elle me vient de ma mère.
Nous courûmes rue B. Il nous avait parfaitement indiqué. Il y avait deux femmes au quatrième qui nous prièrent d'attendre. Elle rentra presque aussitôt. Elle devint livide en nous voyant. Pourtant elle était hardie comme un page et elle nia effrontément. Robert lui dit que si, le lendemain, il n'avait pas la bourse, il la ferait arrêter. Ce fut elle qui nous fit une scène, elle voulait nous faire demander cent mille francs de dommages-intérêts...
Elle quitta Paris la nuit même, et resta quelques années sans reparaître.
XLII
Robert avait perdu une partie de l'argent qu'il voulait me rendre: il recherchait le monde. C'étaient tous les jours des dîners et des fêtes. Je ne lui disais plus rien; je ne combattais plus ses prodigalités, je les partageais et quelquefois même je les encourageais. Quand il avait fait quelque extravagance nouvelle, quand il m'apportait quelque présent de grande valeur, je ne lui disais même pas merci. Parée de ses dons, radieuse dans mon orgueil, je me faisais un trophée de sa ruine. J'aurais pu m'appliquer un mot célèbre: «L'ingratitude est l'indépendance du cœur.» Je m'étais fait un petit raisonnement infâme, qui me dispensait des remords comme de la reconnaissance. Je me disais que ce que Robert ne me donnerait pas à moi, il le donnerait probablement à sa provinciale. Avec cette idée absurde, une femme jalouse et mal élevée boirait la mer pour ne pas laisser une goutte d'eau à un poisson.
Nous avions de nouveaux amis et amies... Mme Ré... femme très-élégante et très-adroite, était la voisine de Robert; elle nous invita à passer la soirée chez elle. Elle avait un appartement admirable; là était la plus grande partie de ses charmes.
Un jour, Az.... me fit un reproche de la voir.
Az.... est une charmante actrice, fille d'artiste; elle a été élevée dans les coulisses d'un théâtre, mais elle n'aimait pas les femmes de théâtre.