Quand la pauvre petite disait un mot, on l'appelait bête. Elle était si gentille! Il y a beaucoup de gens qu'on rend stupides avec cette phrase; on tue l'intelligence qui pourrait sortir de son enveloppe.

Quand Az.... fut femme, elle voulut se venger de ce qu'on lui avait fait. Elle devint très-acariâtre pour tout le monde, ne s'appliquant jamais qu'à dire des méchancetés de ses chères sœurs, comme elle appelait toutes ses camarades de théâtre. Moi qui l'ai étudiée, je sais qu'elle a un cœur excellent. Son père s'est remarié. Elle a des petites sœurs d'un second lit, qui ont perdu leur mère; elle l'a remplacée, a fait élever les petites filles, qu'elle appelle ses enfants. Je l'ai vue se priver pour eux; pourtant elle avait dix-huit ans: ce n'était pas la raison qui la faisait agir, mais bien son cœur.

Elle me disait donc à cause de Mme Rémi:

—Pourquoi vas-tu chez elle? Je ne l'aime pas, moi, elle est trop heureuse au jeu. Dans le temps elle donnait des soirées. On jouait entre femmes; elle gagnait toujours, et quand nous n'avions plus d'argent elle nous faisait jouer nos effets. Elle m'a gagné des boutons d'oreilles; Brochet a perdu un très-beau cachemire; c'est Sarah qui a le plus perdu chez elle. Aussi tout le monde la fuit.

Je fus étonnée de ce qu'elle me disait, et avant de le croire je m'en informai à d'autres. Tout le monde me répéta la même chose.

Robert donna un bal travesti; il fut magnifique et me fit grand plaisir, car il me donna l'occasion de me lier avec la petite Page.

Il y avait quelque chose de si doux, de si langoureux dans ses grands yeux noirs, qu'ils me semblèrent être le miroir d'une belle et bonne âme. Je fus aussi enchantée de voir de près ces grandes sommités dramatiques: Mmes Octave, Nathalie, etc. Nathalie n'était pas dans ses jours de gaieté! je ne pus la juger à sa valeur. Ce jour-là son esprit ordinaire lui faisait défaut. Elle était venue pour chercher l'oubli d'un amour perdu, et comme c'était une passion littéraire, elle arrosa le bal de ses larmes. Je n'avais encore vu Mme Octave qu'au théâtre: c'était au moment de son grand succès dans la Propriété c'est le vol. C'est une belle personne et son caractère répond à la franchise de sa figure.

Je regardais toutes ces femmes avec curiosité. Je n'avais fait que les entrevoir de loin; je les trouvai plus jolies de près; mais c'était surtout au caractère de chacune que je désirais m'attacher; elles étaient au moins cinquante.

Je m'arrêtai devant une Bretonne charmante; c'était la petite Durand. Elle avait tout pour elle, jolie, bien faite. Je ne fus pas longtemps à m'apercevoir qu'elle le savait trop et que cela même me la rendrait antipathique. Je fis vis-à-vis dans un quadrille à une grande et belle personne. Je cherchais où je l'avais vue pour la première fois, et pour aider mes souvenirs je demandai son nom. On me dit: «C'est C..., une actrice des Variétés.»

—Elle est jolie, dis-je à Az... qui se trouvait près de moi.