—Ton argenterie est jolie, dit le numéro 1 en pesant une cuillère, mais j'aime mieux la mienne.
—Vous êtes bien heureuses, vous autres; moi je n'ai que douze couverts, dit en grognant le numéro 5; j'avais essayé de tirer une carotte à mon époux pour qu'il m'en donnât, ça n'a pas pris.
—Tu t'y es mal prise, dit le numéro 2.
—Ah! je voudrais bien te voir aux prises avec lui, reprit le numéro 5; il me faut intriguer un mois pour avoir une robe.
—Je crois bien, me dit tout bas le numéro 6, il ne sait comment se débarrasser d'elle; elle le garde depuis quatre ans, en lui disant qu'elle est enceinte et qu'elle va se tuer, elle et son enfant, s'il l'abandonne.
—Ce que j'avais trouvé comme truc n'était pourtant pas si bête; j'avais invité plusieurs de ses amis à dîner; je lui dis le matin:—Mon Dieu, mon ami, je n'aurai pas assez de couverts; si tu étais bien gentil, tu m'en donnerais. A quatre heures, il m'envoya une boîte, j'étais enchantée, ça ne dura pas longtemps, c'était son argenterie qu'il me prêtait. J'en ai été pour mes frais; je ne connais pas d'homme plus dur à la détente que celui-là.
—Dame, répondit le numéro 4, c'est que vous n'êtes pas raisonnable; il est très-bon pour vous; il vous donne mille francs par mois et vous fait beaucoup de cadeaux.
—On vous en donne bien deux mille, à vous, répondit le numéro 5 avec aigreur, est-ce que vous croyez que je ne vous vaux pas?
—Pour le caractère, non, dit le numéro 4 en riant.
—Ni au physique non plus, me dit le numéro 6, elle a au moins trente ans.