Deux jours après, le bail était à mon nom.

Ma mère avait été malade, elle était seule et venait me voir assez souvent. J'eus peur de me laisser aller à quelque nouvelle faiblesse. Je passai mes valeurs à l'ordre de ma mère, en lui recommandant de ne me les rendre sous aucun prétexte. C'était la fortune de ma petite fille adoptive.

Je trouvai l'occasion de louer mon logement et de vendre tout mon mobilier. J'avais le cœur gros de vendre des grands ouvrages de tapisserie qui me rappelaient mon séjour en Berry. Mlle Amanda, c'est elle qui voulait acheter mon mobilier, en avait grande envie et me faisait toutes sortes de flagorneries.

Robert m'engageait beaucoup à accepter. Il me donnait tantôt une raison, tantôt une autre, mais le vrai motif, c'est que tout me venait de Richard et que cela lui déplaisait. Poussée par l'un, tourmentée par l'autre, je vendis ce petit pavillon-hôtel vingt mille francs. Il était meublé d'une façon charmante, belles pendules, tapis dans toutes pièces, meubles en chêne et bois de rose; pianos, orgue, rideaux; tout y était complet.

On me régla à trois ans.

Robert partit.

Toute à mes intérêts et à mon emménagement, je m'aperçus à peine de son absence; pourtant il me quittait pour se marier, peut-être n'allais-je plus le revoir. Je fus quelques jours sans lui donner un regret. J'allais chez l'une, chez l'autre; les heures s'envolaient comme un songe.

Une de mes nouvelles connaissances, que j'avais amenée chez moi, aperçut ma filleule.

—Tiens, me dit-elle, c'est une bonne idée que vous avez eue là, vous semez pour récolter; elle sera jolie, il faudra en faire une danseuse; elle gagnera de l'argent et vous rendra ce qu'elle vous coûte.

Je me sentis passer un frisson, il me sembla voir la mère, l'entendre me répéter le serment que je lui avais fait, et je répondis:—Non, jamais je n'en ferai une danseuse; elle sera riche, mais si j'étais obligée de lui donner un état, ce ne serait pas celui-là.