—Pourquoi m'as-tu trompé en me le donnant? me dit-il en devenant pâle comme la mort.

—Parce que tu ne l'aurais pas accepté, si je t'avais dit:—C'est à moi.

—Oh! Céleste, c'est mal ce que tu as fait là, tu m'as fait le complice d'une infamie; cet argent te vient...

Il n'acheva pas, une grosse larme coula sur sa joue...

—Oh! si j'avais su, dit-il, se levant enfin, je ne puis te les rendre de suite, il faudrait vendre. Demain je chercherai. Je vais aller chez mon homme d'affaires.

Ses démarches avaient été vaines, il était profondément triste.

Après le dîner, je lui demandai s'il voulait sortir.

—Non, me dit-il, nous avons à causer. Tu as raison de penser à l'avenir, mais je suis un misérable d'avoir pris cet argent; tu t'es cruellement vengée; il faut que je te le rende de suite; depuis que je sais d'où il vient, je ne vis plus. Je souffrirai de te quitter, pourtant il le faut. Je vais tâcher de me marier, sans cela il me resterait à peine de quoi vivre, ma terre vendue. Je ne puis te donner une hypothèque chez mon notaire, ma famille le saurait, on croirait que c'est un cadeau que je te fais, on crierait; cela gênerait mes projets. Voici ce que je te propose. Je vais te faire des lettres de change, sitôt que je le pourrai je te les payerai; si à l'échéance je n'étais pas en mesure, tu prendras un jugement et je te consentirai hypothèque. Il faut que je parte dans quelques jours, je vais faire un petit voyage à Lyon, je ne puis garder cet appartement. Demain nous irons chez le propriétaire, je le prierai de t'accepter pour locataire à ma place, j'espère qu'il ne me refusera pas; tu viendras demeurer ici, puisque ce logement te plaît.

—Et le mien, lui dis-je, que vais-je en faire? Car pour être plus près de chez lui, j'avais loué rue Joubert un petit pavillon, très-joli, mais un peu triste.

—Eh bien! me dit-il, tu le loueras.