Ce fut pour la pauvre Page une source de mauvais propos auxquels elle ne prit pas garde, car elle savait bien avoir en moi une véritable amie.
On me donna deux rôles dans la Revue de cinquante et un; j'étais en répétition quand Robert arriva de Lyon.
—Eh bien, me dit-il, je ne pourrai jamais me marier; j'ai été refusé net à cause de toi, je n'ai plus qu'un parti à prendre, je vais vendre mes chevaux, mes chiens, réformer les trois quarts de ma maison et nous resterons ensemble.
—Mais, mon ami, je ne puis retourner avec vous; croyant que vous ne reviendriez plus, je suis entrée dans un théâtre, j'ai un dédit et je répète. C'est du reste une bonne résolution que vous prenez là de vendre beaucoup de choses; moi-même je ne puis soutenir ce train de maison; vendez la calèche, le grand coupé que vous m'avez donnés et deux chevaux; plus tard je vendrai mon petit coupé et la petite voiture.
Il parut fort contrarié de mon engagement, mais il ne me fit pas de reproches. Il vendit ses chevaux, ses voitures et ne resta à Paris que quelque temps.
Amanda me demanda si je voulais vendre des bijoux, que j'en avais trop, et puis que je devais en être dégoûtée. Je lui répondis qu'on ne se dégoûtait pas de ces choses-là, que j'étais assez raisonnable pour consentir à m'en défaire si je trouvais une bonne occasion.
—Eh bien, me dit-elle, vous n'en trouverez jamais une meilleure; on vous payera dans trois ans avec vos meubles, réfléchissez bien que cela vous fera un beau capital.
Je consultai Robert, qui me répondit:—Cela vous regarde; il me semble que vous ferez bien.
J'avais vingt-cinq ans, je voulais que ma petite fille fût riche; je consentis. Je donnai les factures, je vendis un peu moins que cela n'avait coûté; seulement je fis trois ans de crédit sans intérêts.
Page m'approuvait.