Un soir, Robert me dit:

—J'ai rencontré un jeune homme que je connais, le pauvre garçon m'a fait de la peine; il est désolé, on va l'arrêter. Je pourrai peut-être empêcher cela, car c'est mon bijoutier qui le poursuit; je l'ai fait demander.

—Prenez garde, lui dis-je, de vous mettre une mauvaise affaire sur les bras; vous savez mon opinion sur votre bijoutier. C'est un fin renard, méfiez-vous...

Hélas! il ne tint pas compte de ma recommandation; quelques jours plus tard, tout était consommé. Robert avait répondu d'une somme de vingt mille francs pour un homme qui n'était pas solvable. Je le grondai pendant huit jours; il me répondit que ce pauvre jeune homme voulait se tuer.

—Enfin, lui dis-je, quoi qu'il en soit, vous avez été joué.

Robert partit pour la campagne, je le priai de surveiller ma petite maison, je voulais faire bâtir à côté de la locature un pavillon; Robert m'engagea, à cause de la position près de la forêt, à construire un rendez-vous de chasse, que je pourrais toujours louer un bon prix jusqu'au jour où je l'habiterais.

Je lui dis que je m'en rapportais complétement à lui, et que tout ce qu'il ferait serait bien fait.

Il partit et je débutai. J'étais toujours mauvaise. J'avais aussi peur qu'aux Folies. Page m'encourageait, elle me donnait de si bons conseils que j'étais forcée d'en profiter. Les journaux prenaient la peine de m'abîmer; ils disaient que mes pas avaient vieilli. Enfin, j'avais à peine vingt-cinq ans, et ils m'envoyaient aux Invalides. Quelques-uns s'imposèrent à moi; plus ils sont petits, moins ils ont d'abonnés, plus ils sont méchants; si on ne souscrit pas, ils vous abîment.—Arnal et Déjazet ne sont pas à l'abri de leurs morsures. C'est une lourde charge pour les pauvres artistes qui gagnent leur vie avec bien de la peine, et qui sont obligés de s'abonner à trois ou quatre mauvais journaux qui disent tous la même chose. Le journal le Corsaire, ce chien hargneux de la littérature, me mordait au sang.

Celui qui se déchaînait le plus après moi faisait aussi des pièces; j'avais la consolation de me dire: Il est plus mauvais auteur que je ne suis mauvaise actrice, car on le siffle et moi on ne me siffle pas.

J'allais jouer une nouvelle pièce, Paris qui dort. M. C... me dit: