Je trouvais dans la vie de théâtre une distraction, un mouvement qui ne contribuait pas peu à me le faire oublier.

Voyant que je ne voulais pas absolument retourner avec lui, il prit sa terre en dégoût et la mit en vente. Il m'écrivait lettres sur lettres; ces lettres étaient tour à tour tendres, bonnes, méchantes, brutales; elles m'irritaient au point que mille fois je le priai de ne plus m'écrire. Alors, il se répandait en plaintes, en lamentations. Malgré mon parti bien arrêté de rompre avec lui, je trouvais encore dans les souvenirs du passé de bonnes paroles pour lui inspirer du courage et pour l'amener doucement à cette séparation.

«Du courage, lui disais-je, mon cher Robert, il faut sortir de là, il y a eu trop de choses entre nous pour que nous puissions être heureux désormais. Il faut que tu penses à ta fortune, à ton avenir; je souffre de cette séparation. Mais il faut faire mentir ceux qui disent que tu touches à ta ruine. Ne donne pas ce plaisir à tous ces gens qui sont jaloux de toi. Je ne suis plus que ton amie, je fais des vœux pour ton bonheur.

»CÉLESTE.»

Il me répondait:

«Je n'ai besoin ni de vos conseils, ni de vos avis; je ne suis plus assez riche, vous ne voulez plus me voir; soit! vous n'entendrez plus parler de moi.»

Six heures après, je recevais une autre lettre.

J'avais reçu d'un auteur, M. Philoxène, une invitation à un bal qu'il donnait à l'occasion du réveillon. Je n'avais pas envie d'y aller; mais tous mes camarades me dirent d'y venir, que ce serait très-amusant, qu'il y aurait beaucoup d'artistes.

Je mis une robe décolletée, les bijoux qui me restaient; un ami m'envoya un bouquet, que je pris pour ne pas le désobliger, car cela m'embarrasse généralement.

Quand j'entrai dans le salon, je fut toute désappointée. Il y avait beaucoup de monde, toutes les actrices des Délassements-Comiques et des Folies-Dramatiques; elles étaient en toilette de ville, c'est-à-dire en robes montantes. Tout le monde me regarda comme une curiosité. J'étais on ne peut plus gênée. Il ne restait qu'une place où je pusse m'asseoir; je priai un monsieur de m'y conduire, me promettant bien de n'en pas bouger de la soirée.