Nous nous mîmes à table; j'avais peur de cette femme: non pas peur qu'elle me fît du mal; mais peur de sa personne. Je la regardai, et j'étais toujours sur la défensive. Pourtant, elle n'avait été qu'aimable pour moi, et je m'efforçai de lui montrer moins de défiance. Nous parlions de choses indifférentes.
—Comme je suis maigre! me dit-elle en me montrant son cou... Oh! c'est que la vie que je mène me tue! Passer toutes les nuits! trembler chaque fois qu'on sonne! De plus fortes que moi n'y tiendraient pas longtemps.
—Pourquoi faites vous ce métier-là, qui, en effet doit être très-fatigant?
—C'est que je n'ai pas le choix.
—Comment! vous êtes forcée de vous rendre malade?
—Oui.
—Par cet homme qui fait jouer?
—Oui.
—Ah ça! c'est donc le diable?
—A peu près, me dit-elle; pourtant, le diable ne vous tente que par le plaisir; celui-là ne m'a tentée que par la souffrance.