—Que vous a-t-il donc fait?

—Je l'ai connu en Italie, dans mon pays. Il vivait sous un faux nom, avec une femme encore belle, quoique d'un certain âge; j'avais alors dix-huit ans, j'étais jolie. Il me faisait une cour assidue. Je vivais seule avec ma mère; nous étions dans le commerce. Il ne quittait presque pas la maison je voyais souvent cette dame avec lui: il me disait ne pas l'aimer; enfin, je me laissai monter la tête, j'en devins amoureuse. Cette femme me trouva chez lui et me dit:

—Malheureuse! vous vous êtes perdue. Savez-vous quel est cet homme? C'est un chevalier d'industrie; il ne recule devant rien. J'étais veuve, jeune; il s'est acharné à moi, non parce qu'il m'aimait, mais parce que j'étais riche. Il m'a ruinée, torturée. Aujourd'hui, je n'ai plus rien: il faut qu'il se débarrasse de moi. Il doit y avoir une infamie derrière son prétendu amour pour vous; votre jeunesse ne lui suffit pas. Méfiez-vous: il vous vendra, si vous n'avez rien!

Les paroles de cette femme me firent mal.

—Adieu, me dit-elle, ce coup est le dernier; je me suis laissé aller sans défense, je m'en vais sans courage; je paye cher ma faiblesse. Que mon exemple vous serve de leçon; méfiez-vous!

Elle sortit lentement. Je la suivais machinalement; une voix intérieure me disait de lui obéir, de l'écouter; mon amant me barra le passage et me fit tant de protestations, de serments; il me persuada si bien qu'elle l'adorait encore, que la jalousie seule la faisait parler ainsi, que je le crus.

Ce fut bien pis, lorsque, quelques jours après, je retrouvai chez lui cette femme qui lui avait dit adieu devant moi.

—Tu vois, me disait-il, je ne puis m'en défaire.

Le soir, il me fit dire qu'il fallait absolument qu'il me parlât.

Quand ma mère fut couchée, je sortis.