—Écoute, me dit-il, nous ne pouvons plus vivre comme cela. Je n'ai pas d'argent; si j'en avais, je t'emmènerais; si quelqu'un pouvait nous en prêter, nous partirions ensemble.

L'idée de le quitter me fit grand mal; je cherchais dans ma tête quel moyen il y aurait de le retenir.

—Ou bien, me dit-il, si j'avais de l'argent, j'en donnerais à cette femme, pour m'en débarrasser.

—Mon Dieu, lui dis-je, si j'en avais, je vous en prêterais; mais à la maison on ne garde pas d'argent. Ma mère envoie toutes les semaines les recettes à son homme d'affaires, car deux femmes seules ne peuvent conserver des valeurs chez elles. Quelquefois la vente est considérable.

—Oh! me dit-il, d'une manière qui aurait dû m'avertir de prendre garde... Oh! ta mère fait de grandes affaires, tu lui es très-utile, c'est toi qui fais marcher la maison, tu tiens les livres, tu as la signature?

—Oui.

—Que j'ai de chagrin de te quitter... Il m'embrassait et pleurait... Je ne puis avoir de nouvelles de mes parents que dans un mois... Vivre encore un mois avec cette femme est impossible! Si tu voulais... mais tu ne m'aimes pas assez... et puis ce qu'on t'a dit... tu n'as pas confiance en moi.

—Si, lui disais-je, si, j'ai confiance en vous.

—Eh bien! va chercher de l'argent au nom de la mère; on te le donnera, je te le rendrai, tu le reporteras, on n'en saura rien.

Comme je ne répondais pas, il se jeta à mes pieds en me demandant pardon de l'idée qu'il venait d'avoir: