—C'est mon amour pour toi qui me rend fou. Tu m'en veux?... pardonne-moi... je partirai demain.

—Non, lui dis-je, je ne vous en veux pas, mais je n'oserai jamais. Si c'était une petite somme; mais il vous faut peut-être beaucoup.

—Oui, me dit-il en soupirant, au moins dix mille francs. Allons, je te quitte, ma Pépine chérie; viens me voir demain pour la dernière fois.

Je rentrai dans ma chambre toute triste; je ne pus dormir de la nuit. Ma mère m'appela de grand matin; elle était souffrante. Je fus voir mon amant à midi. Ses malles étaient faites. L'idée de le perdre me rendit folle, oui, folle, car je lui dis d'attendre jusqu'au lendemain.

Ma mère ne s'était pas levée. Encouragée par l'idée qu'elle ne se lèverait pas pendant quelques jours, qu'alors elle ne saurait pas ma démarche, poussée par mon mauvais génie, j'arrivai chez le banquier de ma mère, disant qu'elle avait un achat important à faire, qu'il lui fallait dix mille francs. Ou était tellement habitué à me voir venir chercher, quelquefois apporter des sommes plus fortes que celle-là, qu'il n'y prit pas garde; seulement il me dit:

—Votre mère vous a-t-elle donné un reçu?

—Mais je vais vous en donner un, cela doit suffire.

—Au patron, c'est possible, me dit le caissier; mais il est absent, je dois me mettre en règle.

—Absent pour longtemps? lui demandai-je inquiète.

—Pour une huitaine de jours.