Je rentrai chez nous; ma mère était plus mal. J'allai chez mon amant lui conter ma défaite. Il recommença ses pleurs; mon chagrin augmenta. Je lui dis d'attendre jusqu'au lendemain, que j'allais tâcher de gagner ma mère.

—Garde-toi bien de le faire, me dit-il, nous serions perdus. Tu signes le même nom que ta mère: mets veuve, au lieu de fille... Je t'aurai rendu l'argent avant qu'elle soit guérie.

Le diable me tentait, pourtant je n'osais pas; enfin, après avoir combattu, je les lui promis pour le soir. Je montai à la chambre de ma pauvre mère; je lui demandai sa signature pour acquitter une note que quelqu'un me réclamait en bas.

—Qui donc? me demanda-t-elle.

—Je lui dis un nom au hasard, et j'ajoutai: «Ne mets pas pour acquit, signe seulement; s'il ne me donnait qu'un à-compte...»

Pauvre mère! sa confiance en moi était si grande, qu'elle signa sans me faire une réflexion. Je courus chez mon amant pour lui demander s'il n'y aurait pas moyen de faire autrement.

—Non, me dit-il, remplis ce papier: «Je vous prie de donner à ma fille, qui vous portera ce mandat, la somme de vingt mille francs...»

—Vingt mille francs! m'écriai-je en cessant d'écrire; mais on ne me donnera jamais cette somme.

—Eh bien! mets douze; mais il nous en faut douze.

J'écrivis.