—Maintenant, va et reviens.
J'étais de retour au bout d'une heure, avec mon argent, qu'il me prit plutôt que je ne le lui donnai.
—Arrangez tout, lui dis-je; je retourne chez moi, ma mère pourrait me demander. A demain!
Je trouvai à sa porte la femme que j'avais vue quelques jours auparavant.
Elle m'arrêta et me dit:
—Écoutez-moi, pauvre enfant! vous êtes jalouse de moi, c'est le moyen qu'il emploie pour vous égarer. Il vous dit que je l'aime, vous le croyez, parce que vous me trouvez à sa porte. Il vous trompe, vous vous trompez vous-même. Je veux qu'il me rende quelques bijoux qu'il a à moi, afin de les vendre pour payer mon voyage. Je suis arrêtée ici à l'hôtel où je demeure; j'attends que ce misérable me fasse l'aumône avec ce qui m'appartient; je sais qu'il a de l'argent, mais ma présence lui servait à vous exalter. Méfiez-vous, mon enfant, méfiez-vous!
Je restai plusieurs jours sans dormir, d'inquiétude. Ma mère allait mieux; il ne me parlait pas de me rendre mon argent, il prétendait toujours attendre des nouvelles de Paris. Ma mère me dit qu'elle descendrait le lendemain; je perdis la tête. J'allai trouver mon amant, toute en pleurs, et je lui dis que je ne pouvais rentrer sans cet argent.
Il réfléchit, me regarda et me dit:
—Je vais t'emmener à Paris; nous reviendrons quand j'aurai ce qu'il me faut.
Je consentis à le suivre, et pourtant déjà il me semblait ne plus l'aimer.