Un jour, j'étais triste, il me demanda pourquoi. Je lui montrai mon âme, et lui fis voir le point noir de ma vie. Il me quitta sans rien me dire; le lendemain, il revint triomphant.
—Vous croyez, Céleste, qu'il n'y a pas d'amitié possible d'homme à femme. Eh bien! j'ai trouvé le moyen de vous montrer que si. J'ai écrit hier au préfet pour lui demander votre radiation; vous serez libre. Vous me devrez votre liberté. Croyez-vous maintenant à mon affection?
Un éclair de joie me monta du cœur au visage, et puis, réfléchissant à tous les obstacles, je redevins pensive.
—Vous doutez de mon succès, me dit-il, eh bien! vous verrez; j'aurai la réponse dans six jours. Je ne viendrai vous voir que quand je l'aurai.
Je le remerciai du plus profond de mon cœur; mais un pressentiment me disait qu'il n'arriverait à rien.
Je reçus une bonne lettre de Robert, qui me fit patienter, car les jours me paraissaient d'une longueur atroce. Je n'avais plus que deux jours à attendre, lorsqu'un commissionnaire m'apporta une malle et une petite cassette.
—Mlle Pépine vous prie de garder cela jusqu'à ce qu'elle vienne le chercher, me dit le commissionnaire.
Je n'osais refuser, j'avais promis. Pourtant, en ce moment où je devais me tenir sur mes gardes, voir cette femme, recevoir ses effets, me paraissait imprudent. Qu'y avait-il dans cette malle? Peut-être de quoi me compromettre. Je cherchai un moyen de me défaire de tout cela sans en trouver un de raisonnable. J'attendis donc au lendemain.
J'allais écrire, quand une voiture s'arrêta à ma porte. Je vis entrer la Pépine; elle était tout en noir; elle serrait son voile sur sa figure, comme quelqu'un qui se cache.
—Ah! lui dis-je, en lui ouvrant, j'étais au moment de vous écrire. Je ne puis garder ces malles sans savoir ce qu'elles contiennent.