J'avais reconnu l'ami d'Adolphe; je lui serrai les mains, et l'embrassai sans qu'il me le demandât, heureuse que j'étais de pouvoir dire au moins à l'un, combien j'aimais et j'admirais les autres.
—Je viens de savoir des nouvelles de ma mère... Voyez-vous toujours Adolphe? comment va-t-il?
—Ah! vous ne l'avez pas vu, vous qui venez de par là? Il était là-haut, à la Bastille. On m'a dit ce matin qu'il y avait des médecins de blessés; que l'on croyait que l'un d'eux était lui.
Je devins pâle comme la mort. Je me sentis émue.
—Voyons, ne vous faites pas de mal comme cela; si j'avais su que cela vous fît tant d'effet, je ne vous l'aurais pas dit, et puis ce n'est pas certain. Puisque vous avez un laisser-passer, allez jusque chez lui; il demeure rue de Bourgogne.
Je lui serrai la main sans répondre, et je partis aussi vite que me le permettait la foule. L'idée que cet homme était blessé, courait peut-être un danger de mort, me causa un grand chagrin.
Arrivée place de la Concorde, on refusa de me laisser traverser le pont. Il y avait un bivouac de cuirassiers; au milieu, plusieurs hommes en habit noir portant à la boutonnière le même ruban que ceux que j'avais vus chez le commissaire. J'allai à eux, et, m'adressant au plus âgé, je lui dis:
—Monsieur, pouvez-vous me faire donner la permission de passer sur le pont? je voudrais aller rue de Bourgogne.
—Certainement, madame, si vous voulez prendre mon bras, je vais vous conduire.
Je refusai, dans son intérêt. Qu'allait-on penser si l'on voyait un représentant du peuple donner le bras à Mogador? Il insista, je résistai. Un autre se joignit à lui, et je fus, malgré moi, accompagnée des deux. Je les remerciai de mon mieux et leur souhaitai, en les quittant, tous les bonheurs possibles. Tout le long des quais, de l'autre côté du pont, il y avait des gardes nationaux. Je passai au milieu du groupe, et j'entendis rire de si bon cœur, que je me retournai. C'était M. Charles de la Gui..., un ami de Robert.