—Tu ne montes pas? me dit-il de nouveau.

—Non, je sais ce que je voulais savoir. Adieu.

Il m'appela. Je sortis sans répondre.

—Eh bien, madame? me dit Marie, qui, me voyant les sourcils froncés, croyait à un malheur.

—Eh bien, ma pauvre Marie, elle vit pour tout le monde, excepté pour moi... Robert, si je savais où est Robert!... Venez, Marie, nous allons essayer de passer par les boulevards; il doit y avoir moins de danger que par les rues.

Pourtant nous fûmes obligées de suivre jusqu'à la rue du Temple; c'est là seulement qu'on nous laissa passer. Sur ce point, je vis beaucoup de personnes que je connaissais; on s'étonnait de me voir, on m'aidait à passer. Les boutiques étaient fermées, sauf une ou deux, de loin en loin, qui servaient d'ambulances. Les côtés du boulevard servaient de lit de camp aux soldats. La chaussée était couverte de paille pour les chevaux, de pièces de canon, de munitions, de faisceaux d'armes; rien n'y manquait. Quelques blessés, que les chirurgiens avaient pansés, étaient là, au milieu des groupes, écoutant; ils ne pouvaient plus combattre, mais ils voulaient entendre. J'aurais cru que, dans un pareil moment, tout était triste, pâle d'émotion. Non, leur front était calme. Ce courage était sublime.

On se battait près d'eux, leur tour allait venir; ils avaient l'air heureux, sans morgue, comme sans faiblesse.

Je marchais, émerveillée de ce que je voyais. Quel magnifique aspect! comme cela grandissait l'âme!

Ah! pourquoi ne suis-je pas un homme! Que ce doit être beau de voir ces régiments en face de l'ennemi! J'avançais en gravant dans ma pensée tout ce que je voyais, et toute fière d'être du pays de ces braves gens!

—Mais non, je ne me trompe pas, dit, en me barrant le passage, un jeune homme qui portait l'uniforme de chirurgien, c'est Céleste! Que faites-vous donc, ma chère amie, au milieu de nous?