—Oh! madame, je ne suis pas poltronne, mais j'ai eu peur.

Et elle tremblait de tous ses membres, ce qui m'aurait fait rire, si c'eût été permis dans un pareil moment.

Le feu ne cessait pas; on tirait le canon dans le faubourg Saint-Antoine.

Les carreaux que les balles de la veille et du matin avaient épargnés tombaient comme une pluie. On eût dit que le sol tremblait sous mes pieds. Je voyais la maison où demeurait ma mère, cela ranima mon courage. Nous fûmes obligées d'escalader une grande barricade qui traversait la rue Saint-Louis, au bout de la rue des Filles-du-Calvaire. A peine étions-nous descendues qu'on tira sur des fuyards qui venaient de notre côté. Ils parvinrent à entrer dans une maison; celle de ma mère était à moitié démolie; le concierge avait été tué la veille. Sa femme était, avec trois petits enfants, autour de son lit.

—Où est ma mère? lui dis-je, sans prendre garde à cette douleur que je troublais; il ne lui est rien arrivé?

—Qui est votre mère? me demanda brusquement la femme qui pleurait; elle ne me connaissait pas.

—Pardon, madame, je demande...

Je n'avais pas fini ma phrase que Vincent entra.

—Tiens! me dit-il, c'est toi, Céleste. Ta mère est en haut... monte; elle va bien. Dieu merci, il ne nous est rien arrivé, bien que ça ait chauffé par ici.

Sa vue et sa voix avaient réveillé ma haine pour lui, mon indifférence pour ma mère. Je passai devant lui pour redescendre.