Je n'avais pas le temps de discuter, je partis. A chaque instant, on voulait me faire rebrousser chemin; je montrais mon papier, on me regardait étonné, mais on me laissait passer. Nous étions place de la Bourse; des pelotons d'hommes, en bisets, en conduisaient d'autres, habillés comme eux: c'étaient des prisonniers; ils étaient désarmés. Il n'y avait que cette différence entre eux.
J'arrivai à la rue de Vendôme, après mille détours. La rue était gardée par les petits mobiles. Ils étaient noirs de poudre; la rue était encore chaude du feu qu'on avait fait.
—Ouvrez les persiennes et fermez les croisées! criaient-ils en regardant en l'air, ou nous montons. Ils font des meurtrières avec leurs persiennes, et, cachés derrière, ils nous tirent comme des mouches.
La bataille les avait enivrés, car beaucoup d'entre eux me parurent chanceler; ils faisaient manœuvrer leurs fusils chargés, d'une manière imprudente, dangereuse pour eux-mêmes.
Je passai près de deux mobiles qui n'étaient pas du même avis ou de la même opinion; ils se querellaient.
—Tiens, vois-tu, il n'y a qu'un moyen de nous mettre d'accord, dit l'un: mets-toi à vingt-cinq pas devant moi; nous tirerons chacun notre coup de fusil: c'est celui qui descendra l'autre qui aura raison.
Comme l'autre se disposait à marcher, mon sang se glaça. Un coup de feu partit. Tous sautèrent sur leurs armes et se couchèrent en joue les uns les autres, ne sachant pas si l'attaque venait d'entre eux. C'était affreux à voir.
Je m'étais réfugiée dans l'angle d'une porte cochère; Marie se serrait près de moi.
Voyant que c'était une fausse alerte, ils désarmèrent leurs fusils. Un second coup partit dans notre direction. Je vis l'éclair du feu sortir du canon, j'entendis la balle siffler, et s'enfoncer dans le bois de la porte contre laquelle j'étais appuyée. Marie faillit s'évanouir, je la soutins en regardant en l'air, la balle avait été se loger à deux pieds au-dessus de notre tête.
—Allons, remettez-vous, et venez, Marie. Pourquoi m'avez-vous suivie, si vous êtes poltronne?