XXXI
LE JARDIN D'HIVER.—RICHARD.
Ces grandes expéditions dans la forêt recommençaient trois fois par semaine. Pendant quelque temps je les suivis pour ne pas rester seule; mais cela était décidément trop dur pour une femme et à cause de ma santé je fus forcée d'y renoncer. Ma vie redevint triste et je pressentis qu'une fois encore mon bonheur allait m'échapper. Robert ne m'aurait pas sacrifié une heure de son plaisir favori.
Je passais presque toutes mes journées et mes soirées seule, dans un grand salon où le vent soufflait par toutes les ouvertures. Plusieurs fois je dis à Robert:
—Mon ami, je m'ennuie; est-ce que vous ne pourriez pas rester plus souvent avec moi? Je n'aime pas la campagne, je suis habituée au bruit, au mouvement de Paris; pour vivre ici, il faut que je vous aime beaucoup. Je sais que vous ne pouvez pas vivre à Paris, parce que vous n'avez pas assez d'argent. Si le temps que vous passez ici vous servait à faire des économies, je prendrais patience, mais la chasse vous entraîne à des dépenses folles. Je n'ai plus l'air d'être pour quelque chose dans votre vie, et pourtant je vous jure que je vous fais un grand sacrifice en restant ici: car on ne fait pas son caractère, et l'isolement m'est antipathique.
—Pourquoi y restez-vous? Est-ce que je vous y retiens de force? J'aime la chasse, je prétends chasser tant qu'il me plaira; ceux à qui cela ne conviendrait pas sont libres. Quant à des observations, je n'en reçois de personne; si une parente m'en faisait, je ne la reverrais plus. Je sais parfaitement ce que je fais et où je vais. Si je mange mon argent, je n'en demanderai à personne.
Je quittai le salon et rentrai dans ma chambre pour pleurer.
Jamais il ne m'avait parlé comme cela.
Si les joies étaient vives, avec mon caractère les douleurs étaient grandes. Il m'avait dit tout cela devant dix personnes; il ne me restait plus qu'à partir le lendemain. Je préparai toutes mes affaires pour mon départ. J'avais le cœur déchiré. Je me cherchais un tort qui le justifiât, et n'en trouvais pas.
Il entra dans ma chambre et me dit tout étonné: