—Il est charmant, me dit Victorine, en le suivant des yeux..... Il faut, ma chère, refaire les proverbes à votre usage; pour vous, les jours se suivent et se ressemblent: voilà deux bals, deux conquêtes..... A propos, ajouta-t-elle en riant, cette aventure commence comme l'autre. Attendons le dénoûment; seulement vous me laissez un rôle odieux et monotone. Je fais concurrence à l'almanach Bottin. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'il m'a demandé votre adresse.
Un pressentiment me serra le cœur.
—Vous ne la lui avez pas donnée, j'espère.
—Si fait. Vous avez besoin de distraction, voilà une belle occasion, et, sur ma foi, une douce vengeance.
—Oui, vous avez raison; mais il ne viendra pas: il a fait tout cela par politesse.
—Il ne viendra pas! dit Victorine en sonnant le cocher qui dépassait sa porte; soyez bien sûre que vous le verrez demain à quatre heures. Bonsoir; si vous n'avez rien de mieux à faire, venez dîner demain avec moi.
Je rentrai chez moi à moitié endormie, et, en défaisant mes fleurs, je pensais à Robert.
Victorine avait raison: cette aventure commençait comme l'autre. Hélas! elle ne devait point avoir le même dénoûment, et je me disais:
—Si ce Richard allait m'aimer? Il est beau, aussi beau comme homme que Mlle B... peut être jolie comme femme! Si un jour nous sortions ensemble et si, étant à son bras, je pouvais rencontrer Robert, il verrait alors que je ne suis pas abandonnée; que si je l'aimais, ce n'était pas parce que j'avais besoin de lui. M. Richard n'est pas noble, je sais son nom, mais qu'importe! il est si élégant, si distingué; pourvu qu'il vienne!
Et je m'endormis.