—Prenez garde, monsieur, vous vous asseyez sur ma robe; c'est de la dentelle, et vous n'êtes pas léger.
—Oh! pardon! je suis un maladroit; vous m'en voulez?
—Du tout, monsieur. Je suis de votre avis... sur mon genre de beauté, bien entendu; ainsi, ne vous donnez pas de peine à chercher des compliments qui me plairaient moins que votre franchise; j'ai surpris votre opinion sur mon compte. Tout créole que vous êtes, vous ne l'auriez pas dite, si vous aviez pensé que j'écoutais.
—Je veux vous convaincre que mon repentir égale mon crime et que je suis de bien bonne foi dans ma rétractation. Vous avez pour moi, d'abord, une grande séduction. Rien ne me touche plus que le son de la voix, et j'aime votre son de voix... Comme vous avez de jolies mains! Mais j'étais fou de ne pas avoir vu tout cela... J'ai trop mal débuté avec vous pour jamais oser être bien ambitieux; mais je serais heureux de devenir votre ami.
—Non, monsieur, non; je perdrais plus encore dans votre esprit; le moral est pire que le physique... Adieu, je vais danser.
Il resta pensif.
Une demi-heure après, le petit monsieur, qui était son cousin, vint près de moi et me dit:
—Qu'avez-vous donc fait à Richard? Pardonnez-moi à mon tour ce que je vais vous dire, mais je crois que ce soir il perd la tête dans tous les sens: le voilà maintenant qui est fou de vous; il prétend que vous l'avez magnétisé, que vous lui avez jeté un sort, qu'il n'y a que vous de belle au monde et qu'il veut absolument vous revoir.
—Ah ça! il me croit donc bien blessée de son opinion sur mon compte qu'il se donne tant de mal? Rassurez-le, je n'y pense plus; j'ai bien autre chose en tête.
Pendant ce temps, Richard causait avec Victorine; il était temps de partir. Il me demanda la permission de me reconduire. Je le remerciai et nous partîmes seules.