C'était un jeune homme: il ne paraissait pas avoir plus de vingt-deux à vingt-quatre ans. Il était grand, un peu fort, mais bien pris. Ses cheveux et ses favoris blonds encadraient sa figure; il avait le teint d'un blanc mat; ses moustaches fines laissaient voir sa bouche; les lèvres étaient un peu fortes, bien faites, les dents blanches; il souriait de côté, ce qui lui dessinait une fossette dans la joue et lui allait à ravir; le nez fin, le front charmant, les yeux les plus doux du monde; distingué, élégant; des pieds et des mains de créole; il avait de quoi tourner la tête à toutes les femmes; on le regardait, on le suivait. Pauvre Richard!

Je le répète, il était trop beau pour un homme.

Il venait à moi.

Victorine, qui n'avait rien vu, rien entendu de toute cette petite scène, me poussa le bras et me dit:

—Voyez donc quel joli garçon!

—Oui, il vient nous parler; c'est mon ennemi.

—Ah! c'est dommage! S'il avait voulu s'y prêter un peu, en voilà un qui aurait fait mourir votre Robert de jalousie.

Il était près du nous et paraissait fort embarrassé.

—Mon Dieu! monsieur, est-ce que je vous déplais au point de vous ôter la parole?

—Oh! du tout, mademoiselle; je vous prie de croire que si j'ai parlé de vous en ces termes, il y a une heure, c'est que je ne vous avais pas regardée; il faut me pardonner, parce que je suis créole et très-indolent; mais vous êtes charmante, et je vous fais, de bien bon cœur, amende honorable.