Mon médecin venait deux fois par jour; il me prit à part le troisième jour et me dit:
—Elle est perdue; puisque son mari reste près d'elle, allez-vous-en chez votre amie, vous vous feriez mal.
—Oh! mon cher docteur, ne vous occupez pas de moi; si je valais quelque chose, il y aurait du danger; mais je ne vaux rien, il n'y a rien à craindre; et puis, s'il y avait une exception pour moi, ce serait un grand service que Dieu me rendrait. Et vous êtes sûr, docteur, qu'il n'y a plus de ressource? Elle a un enfant, appelez toute votre science; faites venir un de vos confrères, mais sauvez-la.
—J'ai fait tout ce que je pouvais faire, il n'y a plus d'espoir.
Je quittai cette pauvre femme, le soir à six heures, pour aller chez Victorine; je rêvai toute la nuit de Caroline: elle allait mieux, elle venait me chercher. A sept heures je me levai.
—Qu'allez-vous faire chez vous? me dit Victorine, vous avez bien le temps.
—Non, il faut que je parte. Voilà deux heures que je m'entends appeler. C'est sans doute une suite naturelle de ma préoccupation, mais cela m'a réveillée.
En montant la rue d'Amsterdam, qui conduisait chez moi, je rencontrai une petite actrice nommée Virginie Mercier, que j'avais connue aux Délassements et qui était au Vaudeville. Après lui avoir demandé de ses nouvelles, je lui dis:
—Oh! vous me voyez bien triste; je rentre chez moi toute tremblante, j'ai peur que la mort n'y soit!... Et je lui contai ma position.
—Voulez-vous que j'aille avec vous?