Elle voulut me faire un signe, je ne compris pas.
Le prêtre lui parla; elle murmura:
—Oui.
Virginie et moi nous nous mîmes à genoux au pied du lit.
Pendant la prière, elle se débattit, son corps roula presque à terre: nous la relevâmes; elle voulut parler, les crampes lui tordaient les membres; elle fit une contorsion épouvantable, se détendit, et retomba la bouche et les yeux ouverts.
Je crus voir une vapeur passer; elle venait de rendre l'âme!
Chacun fit sa prière; Virginie partit. Le mari de Caroline sortit avec le prêtre; je restai seule avec la morte. Je mis ma main droite sur son front encore tiède, la main gauche sur mon cœur, et je lui fis le serment d'élever sa fille, de veiller sur elle et d'en faire une honnête femme; car je savais que son père ne pourrait rien. Il n'était pas le mari de Caroline, il était marié à une autre femme; sans moi, la pauvre petite n'avait que les Enfants-Trouvés.
Le corps de la morte se décomposa si vite que personne ne voulut la garder. Celui qui se disait son mari, sans doute pour oublier son chagrin, était allé au cabaret. Je la gardai moi-même. Je passai la nuit à lire dans la chambre voisine.
Quand on vint la chercher, je l'accompagnai à l'église, rue Caumartin; je la quittai à la sortie. Elle devait lire dans mon cœur et s'en aller tranquille, sûre que sa fille serait heureuse.