Je venais de sacrifier beaucoup à Robert; il m'attendait et me reçut froidement. Il ne devait passer que quelques jours à Paris; son projet était de repartir dans la semaine; il n'avait sans doute pas songé à m'emmener, les événements seuls venaient de le décider.
Il regardait chez moi chaque chose nouvelle avec un sourire de mépris, et me disait que tout cela était de mauvais goût.
Je défendais ce qu'on m'avait donné.
Robert en prit du dépit et il lui vint en tête une folie: il m'apporta une parure d'émeraudes et de diamants, digne de l'écrin d'une reine. Je regardai éblouie, ne voulant pas croire qu'un pareil trésor fût à moi. Quand je fus remise de mon étonnement, je lui fis des reproches.
—Je n'aurai jamais l'occasion de mettre de si belles choses, et puis cela doit être si cher! Vous avez eu tort, vous me faites de la peine.
Il me répondit poliment que cela ne me regardait pas.
Dois-je avouer que la première impression passée, je pris assez aisément mon parti de ce magnifique cadeau? Depuis, je me suis bien blasée sur les bonheurs de la coquetterie; mais je n'en étais pas encore arrivée à ce degré de stoïcisme; aussi, pour être complétement franche, je dois convenir que, me laissant aller à toute ma joie, je n'en dormis pas pendant deux nuits; je me réveillais en sursaut, croyant qu'on enfonçait ma porte.
Cette parure, qui se composait d'un bracelet, d'une broche, de boucles d'oreilles, de bagues, aurait pu valoir, chez un marchand consciencieux, vingt mille francs; elle avait peut-être coûté à Robert le double chez son bijoutier du Palais-Royal. Cet homme avait pris l'habitude de vendre si cher à Robert, quand il n'avait pas de fortune, que, pour ne pas ouvrir les yeux de ce dernier, il continuait son métier avantageux. Sa figure me déplaisait et je ne voulais jamais avoir recours à lui pour la plus petite chose. Mes pressentiments ne m'ont jamais trompée: je le voyais apparaître dans ma vie comme un traître de mélodrame.
Robert paraissait charmé de mon enchantement, et il profita de cela pour me dire:
—Faites vos malles, je vous emmène.