Et je marchai dans l'ombre, me traînant au long des murs.
Tout-à-coup des coups de feu se firent entendre; mon cœur cessa de battre; je me laissai glisser à terre.
Misérable chose que le courage d'une femme! je voulais avancer; à chaque détonation nouvelle, je me sentais faiblir; j'aurais voulu entrer dans la muraille. Enfin, tout ce que j'aimais au monde était en haut, je regagnai les escaliers. La fusillade continuait toujours mais semblait s'éloigner; j'arrivai au faîte en rampant.
—D'où viens-tu donc? me dit Robert, qui allumait tranquillement un cigare.
—D'où je viens? mais je viens de la cave, où je m'étais cachée, et où je te pleurais bien inutilement à ce qu'il me semble, puisque tu ris. Que signifiait donc cette petite guerre qui m'a fait si peur?
—Écoute, tu vas le savoir.
En effet, je distinguai ces mots:
—Vive monsieur le comte! vive la république! vivent les arbres de la liberté!
Nous étions sur la terrasse; un homme revint et dit à Robert, en lui ôtant son chapeau jusqu'à terre:
—Ça ne vous fait rien au moins, monsieur le comte, que nous plantions un arbre de la liberté? Si ça vous fâchait, je n'y tiens pas, c'est histoire de s'amuser et de boire un coup à votre santé.