—Quelle idée vous a prise d'entrer là?

—Je suis tout à fait fâchée avec Robert.

—Alors, c'est un coup de tête?

—Oui, mais ce n'est pas pour parler de ça que je suis venue vous voir. Figurez-vous, ma pauvre amie, que j'ai reçu hier un grand affront. On a demandé pour moi une invitation à Mlle Alice Ozy, qui a refusé dans des termes qui m'ont blessée. Je veux la connaître, je veux qu'on me voie avec elle; pouvez-vous m'aider?

—Non, je ne la vois plus; mais je suis étonnée de son dédain; son talent ressemble au vôtre. Quant à votre nom de Mogador, vous pourriez faire comme elle, en changer. C'est gentil, Alice Ozy, mais ce n'est pas son nom.

—Ah! vous croyez?

—Je ne crois pas, j'en suis sûre. Il me semble qu'elle pourrait vous recevoir de plain-pied. Eh! parbleu! elle est liée en ce moment avec Rose Pompon. Vous devez connaître Rose Pompon!

—Oui, j'irai chez elle s'il le faut, mais Mlle Ozy me recevra. Adieu, chère amie, ou plutôt à revoir. J'ai affaire et je n'ai que huit jours pour achever cette conquête.

—Vous avez plus de temps qu'il ne vous en faut.

J'arrivai chez Rose Pompon, qui se mit à m'en conter de toutes les couleurs. Il y avait chez elle une maîtresse de piano qu'elle chargea de baisers, de compliments, pour Mlle Ozy. Je compris que cette femme pourrait me servir. Je la priai de venir me voir le lendemain matin; elle me dit qu'elle ne pouvait venir plus tard que dix heures, onze heures étant l'heure des leçons de Mlle Alice.