—De qui? mais de votre Robert que j'ai vu ce matin; il est à Paris; ne faites donc pas l'ignorante, vous le savez bien.

Je ne pus répondre, mes jambes fléchirent; ce fut moi, j'en suis sûre, qui devins pâle comme la mort; Richard me prit le bras et me dit en me serrant avec colère: Vous voyez bien que vous l'aimez toujours; vous êtes tremblante.

—Je ne vous ai jamais dit que je ne l'aimais plus. Je vous ai dit que je n'irais plus chez lui.

—Et moi, je vous dis que demain vous me sacrifierez, si c'est son bon plaisir; je suis le plus malheureux des hommes!

Il se laissa tomber sur une chaise, et fondit en larmes!

Je n'eus pas le courage de lui dire un mot de consolation, car je souffrais autant que lui. L'éloignement et l'isolement dans lesquels Robert vivait étaient ma force; mais l'idée de le savoir à Paris, peut-être avec une autre femme, me torturait. Je n'entendais que ma peine et le pauvre Richard était oublié.

—Voyons, lui dis-je, n'allez-vous pas faire l'enfant, et m'ôter mon peu de courage. Je ne le verrai plus, vous savez que je ne ferai jamais un pas à sa rencontre; il m'a déjà oubliée, pourquoi m'avoir dit que vous l'aviez vu; j'aurais ignoré sa présence.

—Je vous l'ai dit, Céleste, parce qu'il venait de ce côté, j'ai cru qu'il sortait de chez vous; je crois qu'il est revenu sur ses pas et qu'il m'a vu entrer ici.

Oh! l'égoïsme des grandes passions! Comme la nature est cruelle, comme le cœur est sans pitié pour les souffrances des autres, quand il saigne de ses propres blessures!

Richard, cet homme si bon, si dévoué, je le regardais avec fureur. J'aurais voulu le voir loin de moi. Au bout de quelques instants, il ne me fut plus possible de supporter cette torture. J'avais absolument besoin d'être seule.