Mademoiselle Céleste n’a jamais cherché à abuser de l’influence qu’elle avait sur M. de ***. Qu’on en juge.
«Je te l’ai dit, mon bon Robert, je ne suis pas de force à supporter tes plaintes et tes reproches; l’on ne fait pas son caractère, je ne puis souffrir l’isolement, ce n’est pas ma faute; j’en ai peur et tu ne fais rien pour m’y faire prendre goût. Je débutais hier jeudi, j’avais besoin d’être calme, j’ai reçu ta lettre le matin et me voilà en pleurs, tu m’accables de reproches.
»Pourquoi veux-tu que je n’aie pas pour la solitude la peur que tu as eue du mariage toute ta vie? bien souvent, pourtant, tu as fait des projets. La destinée est écrite, on ne la conduit pas, on la suit. Je crois que tu aurais pu faire autre chose de moi; nous avons pris à rebours. Je t’ai toujours dit: Marie-toi, je n’aime pas cette vie calme; mais je finis par trouver tes accusations tellement exagérées, que je fouille ma vie passée avec toi et que je m’excuse un peu, en pensant que je ne t’ai jamais menti sur le genre de vie que je préférais. On ne peut pas toujours ce qu’on veut. Tu as voulu me régénérer, cela était impossible: c’est aujourd’hui que je serais infâme, si j’acceptais ce que tu m’as offert, puisque je sens que je ne pourrais pas remplir des devoirs sacrés.
»J’ai, etc.
»Céleste.»
Mademoiselle Céleste conseillait à M. de *** de diminuer son luxe et elle savait elle-même réduire ses dépenses et s’imposer des privations.
«Il faut que tes intérêts soient les miens, c’est-à-dire que tu me permettes de te gronder quelquefois et de te donner des conseils. Si tu m’avais écoutée, les deux années de privations seraient finies et nous serions à notre aise. Enfin c’est à faire au lieu d’être fait; donne des ordres en partant, que l’on fasse vendre tes chevaux à tout prix, cela coûte à nourrir. Je ne suis pas moins raisonnable que toi, je vendrai le mien à la première occasion.»
Dans cet ordre d’idées, nous ne pouvons résister au désir d’imprimer une dernière lettre, qui dénote combien mademoiselle Céleste avait à cœur de faire prendre une bonne résolution à M. de ***, et comment elle repoussait les reproches que celui-ci, souvent, dans son humeur injuste, lui adressait.
Pour faire éclater la vérité aux yeux du tribunal, mademoiselle Céleste n’a pas reculé devant ce que ces souvenirs ont de cruel et ces révélations intimes d’affligeant pour une femme.
Abordons maintenant une autre série de preuves. Les passages des lettres que nous allons citer désormais convaincront le tribunal de la réalité des prêts que mademoiselle Céleste a faits à M. de ***, pour l’empêcher d’emprunter à des taux usuraires, et de la délicatesse qu’elle mettait pour les lui faire accepter, sachant bien que M. de ***, quoique souvent très-pressé d’argent, n’aurait rien voulu recevoir, s’il avait pu deviner les sources d’une partie des fonds dont mademoiselle Céleste disposait.