Ce qui m’a amenée à votre porte la première fois, c’est un immense désir de vous voir de près, afin de vous exprimer ma gratitude pour toutes les grandes et profondes émotions que votre talent m’a fait éprouver. Cela ressemble beaucoup à de la curiosité, c’est possible; mais il me semble qu’elle vient du cœur et que vous me la pardonnerez.
Mlle Rachel me tendit la main en me disant: Asseyez-vous là près de moi, je dois parler peu et très-bas, je suis enrhumée, la gorge me fait mal. Vous êtes toute pardonnée; le plaisir que vous dites éprouver est partagé. Je suis toujours heureuse d’apprendre qu’une personne a de la sympathie pour moi.
En ce moment, une de ses sœurs entra, tenant un rouleau de papier à la main; elle venait, je crois, répéter quelque chose. (Je ne sais si c’était Dinah ou Rébecca.) Elle était petite et mignonne comme un enfant.
—Laisse-nous, lui dit Mlle Rachel en l’embrassant au front. Tu reviendras dans une demi-heure.
Elle sortit en me regardant à la dérobée; évidemment, elle savait qui j’étais et cherchait aussi la fameuse ressemblance.
Lorsque la porte fut refermée, Mlle Rachel me dit en souriant:—Et peut-on vous demander sans indiscrétion quel était le prétexte de ce matin?
—Une représentation au bénéfice d’un brave garçon qui m’a priée de lui placer des billets.
—Vous avez bien fait de donner un autre motif à votre visite; je suis assiégée de demandes du matin au soir, et quelquefois du soir au matin, reprit-elle en souriant. Si j’avais joué aux représentations à bénéfice chaque fois qu’on m’en a priée, j’aurais passé ma vie dans tous les théâtres excepté dans le mien. J’ai pris un parti et je refuse impitoyablement de payer de ma personne, mais il n’en est pas de même pour les loges et je me mets à votre discrétion. Combien voulez-vous m’en donner?
—Une, puisque vous voulez bien ne pas me refuser.
—Une n’est pas assez, vous m’en enverrez une seconde pour ma mère.